La date a d'abord circulé comme un secret mal gardé sur les réseaux sociaux. Le 9 septembre, un jeune homme au visage flouté lançait depuis un compte nommé « V2 » : « Moi ce que je vous propose, c'est une manifestation. Samedi 17 octobre 2026 ! » Cinq semaines plus tard, le ministère de l'Intérieur n'écarte plus l'hypothèse d'une journée d'ampleur : « 250 actions sont envisagées et une soixantaine de manifestations sont en cours de structuration » sur le territoire, selon les propos recueillis par BFM. Le renseignement territorial évoque de 50 000 à 100 000 manifestants attendus en province, sans compter Paris où plusieurs dizaines de milliers de personnes pourraient défiler.
Une colère jeune qui a pris le pays à revers
C'est une colère née sur TikTok qui s'apprête de nouveau à déferler dans les rues. Depuis mi-septembre, la France vit au rythme d'une mobilisation lycéenne et étudiante partie de banlieue parisienne, où des élèves dénoncent des bâtiments insalubres, des classes surchargées et des professeurs absents jamais remplacés. Le 6 octobre, l'« acte III » a rassemblé au moins 250 000 manifestants ; le 13 octobre, l'intersyndicale a remis le couvert, réclamant « 10 milliards sur la table » pour l'éducation.
Le mouvement lycéen a déjà laissé des traces. Mercredi 14 octobre au Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que 937 membres des forces de l'ordre, 248 élèves et 149 personnels de l'Éducation nationale avaient été blessés depuis le début du mouvement, dont 40 policiers et gendarmes lors de la seule journée du 13 octobre. Une soixantaine d’enquêtes de l'IGPN ouvertes depuis le début du mouvement, et à Lens, un lycéen de 15 ans a perdu l'usage de sa main après l'explosion d'une grenade de maintien de l'ordre. Face à ce qu'un cadre policier décrit comme « une forte colère et une lassitude de nombreux Français », les organisations lycéennes ont appelé à rejoindre la journée de samedi.
Les préparatifs des deux cotés
L’appel, d'abord centré sur le prix des carburants, s’étendra à la vie chère, aux salaires et aux budgets de fonctionnement des différents secteurs. Une lutte progressivement récupérée par les figures historiques des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, Eric Drouet, Maxime Nicolle pour organiser une « convergence des luttes et des générations ».
La liste des organisations qui ont annoncé rejoindre la journée s'allonge : CGT, dont la secrétaire générale Sophie Binet a promis d'être présente « partout où les conditions seront réunies », Solidaires, la Confédération paysanne, l'intersyndicale des VTC et les organisateurs des marches pour le climat. La FNSEA, elle, a refusé de s'associer à l'appel.
Alors qu’à Paris, un bras de fer oppose déjà organisateurs et préfecture, notamment avec le refus des itinéraires déclarés par les Gilets jaunes et la coordination Interfac IDF, et la proscription d’une arrivée dans le centre de la capitale (Opéra, Concorde), au sommet de l’État, le pouvoir joue à l'anticipation. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de convoquer une cellule interministérielle de crise pour suivre la mobilisation heure par heure, et a annoncé que les grenades assourdissantes dont l'usage avait été suspendu après la blessure grave d'un adolescent à Lens début octobre pourront être réemployées en cas de « violences urbaines extrêmement graves ».
Côté manifestants, la police s’attend à un scénario en deux actes. D’abord des blocages spontanés et rassemblements sur les ronds-points dès le matin, puis des cortèges l'après-midi, avec un risque de débordements dans les métropoles comme Nantes, Rennes, Toulouse, Lyon, Lille ou Marseille.
À Paris, le rendez-vous est donné à 14 heures place de la République.