POLITIQUE

Macky Sall de retour : la fin de l'impunité ou l'impasse constitutionnelle ?

L'ancien président atterrit ce vendredi à Dakar pour une visite éclair, officiellement en quête du soutien sénégalais à sa candidature à l'ONU. Mais au-delà du prétexte diplomatique, cette arrivée rouvre des plaies politiques que le pays n'a pas encore cicatrisées.

Macky Sall de retour : la fin de l'impunité ou l'impasse constitutionnelle ?

Un retour qui ne passe pas inaperçu

Ce vendredi 17 juillet 2026, aux alentours de 15 heures, un vol spécial atterrira à l'aéroport militaire de Dakar-Yoff. À son bord, Macky Sall. Pas de foule déchaînée à l'aéroport international Blaise Diagne, pas de tapis rouge médiatique non plus. Le choix de l'aéroport militaire, la durée de la visite à peine trois heures et l'absence d'annonces officielles musclées laissent deviner une opération calibrée au millimètre.

Pourtant, l'accueil ne sera pas discret. L'Alliance pour la République (APR), le parti de l'ancien chef de l'État, a mobilisé ses militants pour un « accueil mémorable ». De l'autre côté, la société civile et une partie de l'opposition observent, le regard tendu. Car ce retour, après plus de deux ans d'absence, n'est pas anodin.

La candidature à l'ONU : prétexte ou projet sérieux ?

Officiellement, Macky Sall est à Dakar pour une seule raison : obtenir le soutien du Sénégal à sa candidature au poste de Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies. Une ambition légitime pour un ancien président africain qui a présidé l'Union africaine et qui connaît les arcanes des institutions internationales.

Souleymane Jules Diop, ancien ministre sous Macky Sall, a pris la plume pour défendre cette candidature. « Le Sénégal ne peut pas se permettre de laisser passer cette chance », a-t-il martelé, insistant sur le prestige que représenterait un Sénégalais à la tête de l'ONU. Pour lui, le soutien du président Bassirou Diomaye Faye devrait être une évidence, au-delà des clivages politiques.

Mais le timing interpelle. Pourquoi revenir aujourd'hui, précisément ? Pourquoi cette urgence ? Certains observateurs politiques ne croient pas à la simple « escale technique » évoquée dans les premiers temps. Le « sommet républicain » au Palais de la République, entre les deux hommes, pourrait bien cacher d'autres échanges.

L'impunité en question

Car le retour de Macky Sall rouvre un débat que le Sénégal a soigneusement évité depuis 2024 : celui de la responsabilité politique. Son mandat, marqué par des tensions sociales, des arrestations d'opposants et des controverses autour de la gestion des ressources, n'a pas fait l'objet d'un bilan judiciaire.

Récemment, des voix se sont élevées pour réclamer une mise en accusation de l'ancien président. L'Assemblée nationale a été le théâtre de ces tensions. Mais ce vendredi, le professeur Abdoul Aziz Kébé a tranché : pas de procédure de mise en accusation, pas de motion de censure. La Constitution, a-t-il rappelé, érige un rempart contre toute tentative de destitution ou de poursuite pénale d'un ancien chef de l'État.

Cette position juridique ne satisfait pas tout le monde. Pour les défenseurs de la justice transitionnelle, le Sénégal manque une occasion historique de montrer que nul n'est au-dessus de la loi. Pour les autres, la stabilité institutionnelle prime sur la vindicte.

L'impasse constitutionnelle

Le vrai nœud gordien, c'est peut-être là. La Constitution sénégalaise protège-elle trop les anciens présidents ? Ou préserve-t-elle l'ordre républicain en évitant les dérives populistes ? Le débat est ouvert.

Dans l'immédiat, le président Faye semble avoir choisi la voie de la réconciliation de façade. Recevoir Macky Sall au Palais, lui accorder son soutien à l'ONU, c'est reconnaître l'ancien président comme un interlocuteur valable. C'est aussi, peut-être, refermer une page tumultueuse sans l'ouvrir au couteau.

Mais la société civile n'oublie pas. Les réseaux sociaux sénégalais, particulièrement actifs, ont déjà commencé à débattre de cette visite. Entre ceux qui y voient un « retour du messie » et ceux qui dénoncent une « impunité garantie », la ligne de fracture reste vive.

Ce que dit cette visite du Sénégal d'aujourd'hui

Au-delà de Macky Sall, c'est l'image du Sénégal qui se joue dans ces trois heures chrono. Un pays capable de recevoir son ancien président sans hystérie, mais aussi incapable de trancher le débat sur sa responsabilité. Un pays qui rêve d'un siège à l'ONU, mais qui n'a pas réglé ses comptes avec son passé récent.

Le « sommet républicain » de ce vendredi pourrait être un moment de grâce. Ou le symptôme d'une démocratie qui préfère l'oubli à la justice.

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