Le Texas a basculé. Le Kansas aussi. Même la Caroline du Sud, forteresse conservatrice, a trahi le camp Trump. En une seule nuit, la carte électorale américaine a été redessinée, et le 45ᵉ président des États-Unis a perdu ce qu'il avait de plus précieux, le contrôle total du Capitole.
Le « tsunami américain »
La matinée a levé le dernier suspense. Selon les projections des réseaux américains relayées par l'AFP, les démocrates ont fait basculer au moins six sièges de sénateurs, dont ceux du Kansas, du Texas, de l'Iowa, de l'Ohio, du Maine, des Caroline du Nord et Caroline du Sud, renversant la majorité républicaine de 53 à 47.
À la Chambre des représentants, conquise plus tôt dans la soirée, l'opposition a raflé « plus de deux douzaines de circonscriptions », dont certaines avaient voté Trump à double chiffre en 2024. Le chef des députés démocrates Hakeem Jeffries, pressenti pour devenir le premier président noir de la Chambre en janvier, a célébré un résultat sans appel : « Ce n'était pas une simple vague bleue. C'était un tsunami américain. »
Les symboles sont lourds de sens. Au Kansas, le pasteur méthodiste Adam Hamilton devient le premier démocrate élu au Sénat depuis 1932 ; en Géorgie, Jon Ossoff est réélu avec plus de 30 points d'avance et l'ancienne maire d'Atlanta Keisha Lance Bottoms devient la première femme noire gouverneure de l'histoire américaine.
Unique consolation pour le camp présidentiel, la Floride, son bastion, a conservé ses postes de sénateur et de gouverneur.
Le coût de la vie et l'Iran en cause
Derrière cette débâcle, un cocktail explosif que les électeurs n'ont pas pardonné : l'envolée des prix, « le loyer, les courses, les factures continuent de grimper », résumait à l'AFP Taylor Cook, un Californien de 24 ans, et surtout une guerre impopulaire contre l'Iran qui a fait flamber les carburants.
Le vice-président JD Vance a lui-même, dans un long message en ligne, pointé le conflit iranien comme cause de la défaite républicaine : « La raison de notre défaite, c'est la guerre. Si vous voulez argumenter que perdre le Sénat en valait la peine, alors faites-le. C'est au moins honnête », a-t-il écrit.
Trump en deux visages
Interrogé par le New York Times, Donald Trump a affirmé être « tout à fait disposé à accepter ces résultats » et promis de « travailler avec les démocrates ». Un revirement remarqué pour celui qui n'a jamais reconnu sa défaite de 2020. Mais quelques minutes plus tard, sur son réseau Truth Social, l'octogénaire publiait la photo d'une casquette rouge estampillée « VETO », et assurait qu'il n'était « pas sur le bulletin » et que « si j'y avais figuré, nous aurions LARGEMENT gagné ».
Pour Donald Trump, il s’agirait d’accepter le verdict des urnes, mais sans jamais en porter la responsabilité.
Deux années de guerre politique en perspective
Concrètement, le Congrès démocrate pourra bloquer l'agenda législatif de Trump, refuser ses nominations judiciaires, un enjeu colossal en cas de vacances à la Cour suprême, et surtout lever des immunités de facto dont jouissait l'administration jusqu'ici, ouvrir des enquêtes parlementaires sur la corruption présumée, la guerre en Iran ou encore le dossier Epstein. Des couleurs que Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre, a bien pris en compte. Il s'est engagé à utiliser sa majorité pour « demander des comptes » aux responsables d'une « corruption sans précédent ».
Le député Robert Garcia, appelé à présider la puissante commission d'Oversight, a déjà adressé un message on ne peut plus clair aux républicains : « LAWYER UP » pour « préparez vos avocats ».
Les marchés, eux, n'ont pas attendu. Le dollar reculait face à l'euro et au yen, les Bourses asiatiques plongeaient mercredi matin, tirées vers le bas par les valeurs de la tech.
Maintenant
Ces midterms marquent, quoi qu'il arrive, le début de la fin de la carrière d'homme d'État de Donald Trump car la Constitution lui interdit un troisième mandat, et le coup d'envoi de la course à la succession pour 2028, chez les républicains comme les démocrates.
Sur le front géopolitique, l'effet est peut-être le plus sensible, le nouveau Congrès « pourrait user de son influence sur les dépenses pour contester tout financement militaire supplémentaire et accentuer la pression en faveur d'une solution diplomatique » en Iran, analyse la même Swissquote. Le baril de Brent est repassé sous les 104 dollars.
En France, la gauche n'a pas manqué de s'emparer du symbole. Marine Tondelier a parlé d'« une défaite historique » et d'un « avertissement pour la France », quand Jordan Bardella a balayé tout parallèle avec le RN, tout en concédant un lien entre cette défaite, la guerre en Iran et « le pouvoir d'achat ».
Côté chinois, Pékin a botté en touche évoquant une « affaire intérieure » américaine, tout en se disant prêt à « continuer à travailler » avec Washington, alors que la trêve commerciale entre les deux géants court jusqu'au 10 janvier.