Trois capitales en deux jours : Wadagni impose son style diplomatique
Abuja lundi, Niamey mardi, Ouagadougou en vue. A peine investi, le nouveau président béninois bouscule les habitudes avec une tournée sahélienne qui dit tout sur sa vision de la politique étrangère.
Il n'a pas attendu. À peine dix jours après son investiture le 24 mai, Romuald Wadagni a enclenché une première séquence diplomatique au rythme soutenu : Nigéria lundi, Niger mardi, Burkina Faso dans la foulée. Trois voisins, trois dynamiques politiques différentes, une même boussole — la solidarité de proximité.
- À retenir : En 48 heures, le président béninois a rencontré deux chefs d'État et annoncé une troisième visite. Une cadence inédite pour un chef d'État béninois en tout début de mandat.
Abuja : le Nigéria, premier partenaire, première destination
Lundi 1er juin, Wadagni atterrissait à Abuja pour une visite de travail auprès du président Bola Ahmed Tinubu. Le Nigéria représente le premier partenaire commercial du Bénin. Un pays géant de 220 millions d'habitants dont les flux économiques irriguent quotidiennement le marché béninois, du port de Cotonou aux marchés de Dantokpa.
Les deux présidents ont échangé sur trois axes prioritaires : coopération sécuritaire aux frontières, renforcement des échanges commerciaux, et avenir d'une Cédéao fragilisée par les départs du Mali, du Burkina et du Niger. L'accueil protocolaire solennel réservé par Tinubu a été lu comme un signal fort d'intérêt pour le nouveau leadership béninois.
Niamey : le pari du dialogue avec la junte
Le lendemain, mardi 2 juin, cap sur Niamey. Le général Abdourahamane Tiani accueillait personnellement Wadagni à l'aéroport international, dans une capitale pavoisée aux couleurs croisées des deux nations. Un protocole appuyé qui, dans ce contexte politique tendu, vaut déclaration d'intention.
En choisissant de se rendre à Niamey, Wadagni assume un pragmatisme assumé : maintenir des canaux ouverts avec tous ses voisins, quelles que soient leurs configurations politiques. Les discussions ont porté sur la situation sécuritaire au Sahel, les corridors commerciaux transfrontaliers et les mécanismes de concertation entre les deux pays.
Trois dossiers au menu
Sécurité aux frontières nord du Bénin, fluidification des échanges commerciaux, et renforcement des corridors économiques. Le Bénin étant l'un des rares accès à la mer pour le Niger enclavé, un levier de coopération concret que Cotonou entend cultiver.
Ouagadougou en vue : Ibrahim Traoré dans le viseur
Avant de quitter Niamey, Wadagni a confirmé une prochaine étape à Ouagadougou où l'attend le capitaine Ibrahim Traoré. Ce troisième volet compléterait un triptyque sahélien inédit, cohérent avec la même logique : le Burkina Faso enclavé a besoin du corridor béninois, Cotonou a besoin de voisins stables.
Une doctrine en trois mots : diplomatie de proximité
Ces premières escapades dessinent la politique étrangère de Wadagni. Priorité aux frontières terrestres, pragmatisme face aux nouvelles réalités de la sous-région, conviction que la sécurité du Bénin se construit d'abord dans son voisinage immédiat. Le ton est donné.