C'est un couvre-feu en tout sauf dans le nom. Dès ce vendredi 20 heures et jusqu'à lundi 6 heures du matin, les artères emblématiques de la capitale, de l'Élysée aux Champs-Élysées, en passant par l'Assemblée nationale, seront interdites à tout rassemblement non déclaré, selon un arrêté de la préfecture de police. Une décision exceptionnelle, prise à quelques heures d’un samedi atypique, la journée de mobilisation coïncidant avec Halloween. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez met en garde, dans un télégramme aux préfets consulté par l'AFP, contre un « risque de violences urbaines très élevé » et des « appels à commettre des pillages » qui circulent sur les réseaux sociaux.
Un samedi sous très haute surveillance
Quelque 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés samedi. Un « dispositif exceptionnel » reconduit, avec la suspension des repos partout où nécessaire pour porter le taux de disponibilité des forces à 75 %. Les manifestations resteront autorisées, mais « pas dans les centres-villes, où il y a des risques de troubles à l'ordre public », a précisé le ministre, qui préconise des contrôles de flux dans les gares pour détecter cagoules, feux d'artifice et mortiers.
Ce déploiement s'inscrit dans une séquence déjà marquée par des semaines d'escalade. Le 17 octobre, près de 2 400 personnes avaient été interpellées en une seule journée, et près d'un millier de policiers et gendarmes blessés, un bilan qui avait poussé Laurent Nuñez à proposer sa démission, refusée par Emmanuel Macron.
La jeunesse ne décolère pas
C'est pourtant bien la réponse politique à la crise étudiante qui cristallise aujourd'hui la colère. Après cinq semaines de blocages, le gouvernement a consenti au remplacement progressif de Parcoursup d'ici 2028, au plafonnement des classes de seconde à 28 élèves, à l’indexation des bourses étudiantes sur l'inflation et à la création de 15 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur, des mesures détaillées par les ministres Édouard Geffray et Philippe Baptiste en conférence de presse, mais fuitées dès la mi-journée.
Des mesures qui n’ont pas suffi à désamorcer la contestation. « On arrive à avoir des gains avec la mobilisation, mais ça reste des miettes », a déploré auprès de l'AFP Sabrine Karbach, porte-parole de l'Union étudiante. Même tonalité du côté de l'Unef : « La stratégie du gouvernement, c'est de répondre par des miettes, mais on ne s'en contentera pas », a abondé sa secrétaire générale Manon Moret.
Même les organisations les plus anciennes ne rendent pas les armes : « Ce n'est pas le moment de baisser les bras avant d'obtenir des choses réelles », a estimé Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, tandis que Renouveau lycéen et Les Lycéens ! appellent à se mobiliser à nouveau le 31 octobre puis le 5 novembre. Et le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, le dit sans détour : « À ce stade, les revendications qui sont portées par la jeunesse ne sont pas satisfaites. »
L'insatisfaction dépasse désormais largement le monde scolaire. Quatre rapporteurs de l'ONU se sont dits mercredi « consternés » par la « répression » des manifestations étudiantes, déplorant que la réponse sécuritaire ait « relégué au second plan les causes profondes de la mobilisation » et qualifiant d'« inacceptables » les blessures graves subies par des manifestants mineurs.
Tous « contre la vie chère »
Samedi, la coordination des gilets jaunes, des syndicats de salariés et l'intersyndicale jeunesse entendent faire converger leurs colères « contre la vie chère ».
Côté jeunesse, le cahier de doléances est épais. Réforme des bourses, création de 250 000 places à l'université, fin de la sélection à l'université et réparation d'un bâti scolaire délabré, l'intersyndicale évalue son plan à 10 milliards d'euros. Pour les salariés, salaires, pouvoir d'achat, carburants dont la flambée, liée à la guerre au Moyen-Orient, a ravivé une inflation à 3,1 % sur un an. L'appel « jaunes et jeunes » tente d'englober toutes les rancœurs : précarité, rejet de Parcoursup, fermeture des services publics, répression policière.
Le 5 novembre aura également lieu une journée de grève intersyndicale nationale, ceci à six mois de la présidentielle.